EELV Val de Drôme – « De l’eau dans la vallée… »
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Suite à des propos étonnants entendus récemment de la part d’un élu en réunion publique à CREST, nous souhaitions apporter quelques éléments de compréhension sur la question de l’eau dans la vallée.

Un peu d’histoire…

Notre territoire est en déficit chronique d’eau et le bassin versant est classé en zone de répartition des eaux (ZRE) depuis 1995.

Déjà à l’époque c’est un signal fort, car les zones dites ZRE sont considérées par le Code de l’Environnement comme des zones où la ressource est insuffisante pour répondre aux besoins du territoire.

En 2014, un Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE) est adopté pour tenter de diminuer les prélèvements et le déficit quantitatif chronique. Malgré les efforts réalisés (2), la pénurie continue, de plus en plus drastique chaque été…

Chaque citoyen soucieux de bien comprendre ces enjeux et réalités, peut se rendre sur le site du Syndicat Mixte de la Rivière Drôme (SMRD), et consulter l’ensemble des études et documents officiels qui sont mis en ligne.(1)

Vous y lirez que le résultat de ce PGRE (3), en révision actuellement, est « jugé insuffisant », et « qu‘il faut trouver d’autres dispositions afin de réussir à prélever moins ».

Nous nous trouvons en effet actuellement dans une situation telle, que des « arrêtés sécheresse » sont pris chaque année. Les assecs sont de plus en plus longs et de plus en plus fréquents en aval de Crest. Chacun d’eux fait disparaitre localement et temporairement la rivière, ainsi que l’ensemble des espèces pour lesquelles elle constitue un habitat naturel.

Les effets du réchauffement climatique s’ajoute peu à peu à une situation déjà tendue…

Car cette situation chronique est bien la conséquence directe de prélèvements trop importants pour les activités humaines d’une ressource limitée et qui diminue. 

Tous usages confondus (eau potable, agriculture, industrie), ce sont environ 12 millions de m³ qui sont prélevés dans la rivière chaque année. Et 70 % de ce volume est consommé du 1er juin au 15 septembre pour l’irrigation agricole dans la partie aval de la vallée. L’eau est utilisée pour arroser en grande partie du maïs destiné aux élevages intensifs hors sol, mais aussi pour irriguer des cultures de semences, de l’ail et des arbres fruitiers. Le maïs consomme de grandes quantités d’eau en période d’étiage. Une agriculture paysanne et biologique plus vivrière, de polyculture et d’élevage en plein air, pourrait peu à peu prendre plus de place.

Mais ces pratiques sont moins bien subventionnées. 

Parallèlement, la population et l’activité de la vallée augmentent chaque année un peu plus, et le réchauffement climatique avance… Des crues de plus en plus fortes, alternant avec des sécheresses de plus en plus drastiques sont à craindre.

Les conséquences sur les milieux naturels sont fortes. Pourtant, ce sont eux, lorsqu’ils sont en bon état écologique, qui sont les meilleurs garants d’une bonne qualité et de l’abondance de la ressource en eau… C’est le serpent qui se mord la queue, l’eau étant intimement liée aux milieux naturels et à la vie.

Il n’y a pas de solution miracle même si certains pensent l’avoir trouvé à travers la création de retenues artificielles d’eau. Ces installations créent l’illusion de l’abondance et ne favorisent pas la sobriété ni le changement. Des études de plus en plus nombreuses montrent aussi qu’elles ne sont pas sans conséquence. À retenir l’eau sans l’intégrer dans son propre cycle, on assèche peu à peu les milieux naturels en aval. La vie, et les services qu’ils nous rendent peuvent être fortement perturbés… C’est un peu comme vouloir remplacer l’intelligence par de l’intelligence artificielle, ou la terre par un substrat chimique. Cela ne peut fonctionner qu’à une échelle raisonnable.

Amorcer le changement

La Commission locale de l’eau (CLE), a décidé tout récemment d’afficher comme priorité, en termes d’objectif de la révision du Schéma d’aménagement et gestion de l’eau (SAGE) (4), la question du réchauffement climatique en lien avec la ressource en eau. Ce dernier devra dessiner des solutions pérennes pour les activités humaines, en préservant les milieux naturels. 

Le syndicat mixte du Schéma de Cohérence Territorial (SCoT) en élaboration, qui conditionnera l’aménagement de notre territoire à l’avenir, doit aussi faire avec cette réalité. Sous la pression d’une poignée d’élus et des services de l’état, il a été décidé d’entreprendre une étude pour mieux coordonner aménagement et disponibilité de la ressource en eau.

On le voit, on le sait… les pratiques concernant nos usages de l’eau doivent changer. Il nous faudra probablement à l’avenir cultiver d’autres variétés, et le faire différemment, mais aussi habiter et produire autrement. Toutes ces questions mériteraient l’ouverture d’un grand débat citoyen dans notre vallée, éclairé par les nombreux chercheurs, chercheuses, spécialistes et pratiquants de terrain qui travaillent sur ces questions d’un changement de modèle. Quelles pratiques agricoles privilégier, pour qui, pourquoi ? Comment gérer la ressource ?

Car, plus que jamais dans les décennies à venir, l’eau va devenir un bien commun rare et précieux, à partager entre l’Homme et les milieux naturels. 

Agnès Fouilleux – Conseillère municipale et communautaire, membre du Comité syndical du SMRD.

Josiane Gonnot –  EELV Val de Drôme.

(1) https://www.riviere-drome.fr/

(2) le PGRE visait 15% de diminution des prélèvements pour les communes dont les réseaux avaient les plus faibles rendements. Cette mesure insuffisante a été étendue à l’ensemble des communes du bassin versant sans être suffisante.

(3) en révision actuellement

(4) Le SAGE est un outil de planification locale de l’eau. Institué par la loi sur l’eau de 1992, il vise à la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau.